OTAN en emporte le vent

Dans mon précédent billet j'avais fait une description in extenso du dispositif policier mis en place pour le sommet de l'Otan. Le bilan de cette manifestation est contrasté et reflète assez bien les impressions qu'on a pu avoir durant ces 2/3 jours coupés du monde.

Vendredi & Samedi

La vie en centre-ville fut assez surréaliste, entre les barricades de CRS, les survols d'hélicoptère de l'armée, les rues désertes, les parkings vidés de leurs voitures ...

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La journée de vendredi fut assez proche d'une journée normale : les trams circulaient et faisaient tous demi-tour en bas de l'immeuble, donnant presque l'impression qu'il y avait un regain d'activité, les gens allaient au boulot, etc. Le samedi lui fut beaucoup plus proche d'un dimanche niveau fréquentation et pas de tram du tout qui plus est !

Nos activités subversives

Durant ces deux jours le beau temps était largement au rendez-vous : soleil radieux pas même voilé par le plus modeste petit nuage, températures oscillant entre 18 et 20°, pas un souffle de vent ...

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Puisque la ville était déserte et le temps spécialement clément, notre principale activité fut de se balader à vélo, de prendre des photos de cette situation au combien rocambolesque, d'aller au skate-parc avec les enfants. Bref, tout sauf des activités que l'on aurait été obligés de faire "sous la contrainte" du sommet ; sommet dont on n'a jamais vraiment su quel était le programme, à quoi il servait, qui y était présent (sauf les deux présidents stars).

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Les seules infos glanées à propos de l'évènement le furent sur le site spécialement ouvert pour l'occasion par les DNA. On put y voir les vidéos de l'arrivée de Barack Obama, de sa rencontre avec le petit Nicolas, savoir à quel moment ce dernier partit faire son jogging dans une rue du Faubourg de Pierre déserte, etc.

La contestation en centre ville

Seul moment fort de la journée de samedi : voir 20 manifestants déguisés en clowns susciter une telle peur aux forces de l'ordre (et encore ce n'étaient que des clowns, pas des "blacks blocs" !) que 4 cars de CRS les empêchaient de se déplacer vers le centre ville. Même la vedette fluviale de la police vint à leur rencontre avant de faire demi-tour vu l'ampleur de la menace !!

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La seule contestation réelle et visible en centre-ville était à trouver aux barrages policiers à la bordure des zones oranges et rouges. Des personnes qui demandaient à pouvoir aller voir leurs amis, aller déposer une lettre à la banque, etc. Pas de quoi nécessiter la présence de milliers de policiers !

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Centre ville VS quartiers périphériques

A l'opposé du centre ville ultra protégé et complètement dépourvu de la moindre contestation, la lisière du camp autogéré des opposants au sommet était régulièrement le cadre d'échauffourées avec les forces de l'ordre. On parle de 300 arrestations et une centaine de personnes gardés à vue.

Plus sérieux et plus grave, ce sont les abords de la frontière et plus particulièrement le quartier du Port du Rhin qui fut le lieu de scènes dignes de la fin du monde. Plusieurs centaines de casseurs ont eu le champ libre pendant plus d'une heure pour démonter, piller, détruire et incendier plusieurs bâtiments. Ces saccages fort médiatisés ont fait craindre que Strasbourg ne soit à feu et à sang. Que nenni, comme j'ai pu l'écrire un peu plus haut, en centre ville tout allait pour le mieux du monde !

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Où sont les manifestants ? Où est la contestation ?

Les manifestants pacifistes eux, se trouvaient non loin de là, pris en étau entre des casseurs qu'ils n'arrivaient pas à calmer et des CRS qui leur envoyaient des gaz lacrymogène ... Pour des partisans de l'action non violente et une bonne partie de participants qui venaient en famille participer à une action symbolique contre la source de pas mal de désagréments pour la vie quotidienne à Strasbourg, se retrouver dans une telle situation tenait du cauchemar.

La Polémique

La polémique n'a pas tardé à enfler suite à ces dérapages. Tout le monde y est allé de son commentaire sur les évènements : les habitants du quartier ravagés ne comprennent pas ce qui s'est passé et ont le sentiment d'avoir été abandonnés, le préfet reste droit dans ses bottes et rejette la faute sur les organisateurs de la manifestation, le maire s'en prend au préfet et demande l'aide de l'état pour reconstruire, les manifestants accusent les CRS, vidéos à l'appui, de leur avoir balancé des cailloux, etc.

Ce qu'on peut observer avec un peu de recul c'est que le préfet a sciemment choisi de laisser bruler le quartier défavorisé du Port du Rhin car il n'avait qu'une hantise, c'est que les manifestants puissent arriver jusqu'au centre-ville (à tel point que les ponts pour arriver au centre étaient tous fermés) et faire des dégâts plus importants ou bien même perturber le déroulement du sommet. La prophétie auto-réalisante que j'évoquais dans le précédent billet s'est donc révélée belle et bien vraie : les manifestations très violentes qui étaient craintes ont bien eu lieu ... mais plus ou moins sous contrôle. Cette stratégie laisse songeur, d'autant plus quand on pense à ce quartier déjà bien mal en point, complètement excentré, compressé entre la frontière naturelle qu'est le rhin, le jardin des deux rives et la zone portuaire industrielle. Un quartier qui a été sacrifié pour ces puissants ...

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